Attaque du Thalys : combattre le terrorisme par la responsabilité et la liberté

Quelques jours après que certains membres de l’État Islamique ont menacé directement la Belgique, un jeune homme fiché par toutes nos polices comme « radicalisé », monte à Bruxelles dans un Thalys en direction de Paris et tente de le prendre d’assaut avec une Kalachnikov AK-47 et d’un pistolet Luger. Par chance, ce qui aurait normalement dû tourner en un véritable carnage, s’est soldé par quelques blessures et une belle frayeur pour beaucoup. Quelques passagers ont heureusement eu les bonnes réactions.

Immédiatement, dans les journaux, différents commentateurs (le public sur les réseaux sociaux mais aussi journalistes et politiciens) répondent à cette attaque par l’inévitable rengaine sécuritaire : plus de contrôles dans les train, le retour des douanes et des frontières, remises en question de l’espace Schengen, …

Limiter nos libertés, c’est donner une victoire au fondamentalisme.

C’est bien entendu une très mauvaise réponse. Prenez par exemple Paris. Sous la surveillance de militaires depuis plusieurs années avec le plan Vigipirate, cela n’a pas empêché les frères Kouachi ou Coulibaly de réussir leurs attaques de janvier 2015. On pourrait multiplier les exemples partout dans le monde. Presque chaque semaine, des bombes explosent dans des pays bien plus militarisés que nous pourrions le faire (Israël, Irak, Afghanistan, …). Jamais aucun policier ou aucun militaire ne pourra empêcher un gars décidé à se faire sauter avec une bombe ou prendre d’assaut n’importe quelle place publique. Surveillez les gares et demain, c’est un bar très fréquenté de la capitale qui sera visé. Ou un train quelconque en campagne. Ou une manifestation devant le parlement. Ce ne sont pas les lieux de réunions qui manquent dans une ville comme Bruxelles.

On ne peut surveiller chaque terroriste. Aucune frontière ou aucune douane, n’a jamais empêché le trafic d’exister. Les armes de contrebande, l’alcool, les cigarettes et la drogue font le tour du monde en continu malgré toutes les interdictions, les frontières et les patrouilles que les États peuvent mettre en place.

Cette attaque est une excellente preuve, s’il en fallait encore une, que les lois liberticides telles que celle sur le renseignement en France ne servent strictement à rien, si ce n’est à s’immiscer dans la vie privée de gens innocents.

Ce à quoi s’attaquent ces fondamentalistes islamistes, c’est notre modernité, notre mode de vie, notre démocratie. Ils en veulent à nos libertés chèrement acquises et souvent remises en cause à droite et à gauche. Ils ne sont pas, contrairement à ce qu’ils pensent, dans la critique – parfois légitime – de nos errances géopolitiques. Restreindre nos libertés pour les combattre, c’est donc avoir déjà perdu. C’est leur donner raison. C’est donc hors de question !

La responsabilité des citoyens doit être engagée.

L’un des enseignements de cette attaque, c’est dans l’action que certains ont posé en choisissant de ne pas se terrer sous un siège et en préférant affronter le terroriste. Les deux premiers sont des citoyens lambdas, ensuite, alarmés par le bruit, deux militaires américains. Vous connaissez le déroulement, ce n’est pas la peine d’y revenir en détail ici.

Mais remarquez une chose : les premières personnes ont tenté d’arracher les armes pour, apparemment, s’enfuir avec, ce qui vaudra à l’un d’eux une balle dans les poumons. Les militaires, ont foncé au corps à corps. Je ne crois pas que leur réaction est seulement due au fait qu’ils sont soldats et entraînés. Ils vivent aussi dans un pays où les armes existent et où la violence est endémique. La bonne réaction en cas d’attaque ou de danger est la fuite, c’est une des premières choses que l’on enseigne en self-defense. Mais, en cas d’impossibilité, la pire des réponses est la passivité et l’apathie. Dans ce train, la réaction de citoyens d’un pays habitué aux armes et à la violence dans une situation de danger et où la fuite était impossible, fut l’attaque au corps-à-corps, seule manière de neutraliser la menace. Dans ce même train, la réaction des citoyens belges et français, à l’exception notable des deux premiers intervenants, fut la fuite et la tentative de se cacher sous les sièges, la meilleure manière de se faire trouer la peau si Ayoub El-Khazzani avait été mieux préparé et s’il avait eu des armes en état de servir.

Les Américains, en bonne partie, n’attendent pas de l’État toute la protection nécessaire, certains s’en passeraient même très bien. Si comme moi, vous avez grandi à la campagne, vous savez le nombre de fusils, de carabines et d’armes de poings qu’on y trouve dans les greniers et les gardes-robes. Il fut une époque, pas si lointaine, où les citoyens prenaient aussi leur responsabilité en cas de danger et n’attendaient pas que tout arrive de l’État.

Il s’agit peut-être ici d’un hasard, des Français ou des Belges auraient tout aussi bien pu maîtriser un attaquant dans une configuration différente. Il est impossible de dire que c’est parce qu’ils sont citoyens américains qu’ils ont agit ainsi. Mais cela n’empêche pas qu’il y a un grand travail de conscientisation à faire chez nous.

La liberté comme réponse au terrorisme

« Aux armes, citoyens » chantent nos voisins Français pour inaugurer leur hymne national. Je crois qu’un citoyen libre, c’est un citoyen armé. En effet, pas de Révolution dont se gaussent tant gauche et droite d’outre-Quiévrain sans un peuple en armes, prêt à se défendre d’abord contre un éventuel prince oppresseur. L’une des grandes victoires des États modernes sur le peuple est d’avoir désarmés les masses, réduisant ainsi toute forme de contestation une simple manifestation et quelques pneus brûlés, alors qu’ils n’hésitent pas à obliger ces mêmes masses à aller au casse-pipe quand il s’agit de défendre leurs intérêts. L’empressement des Européens à haïr le second amendement des USA, sur ce point, m’étonnera toujours. On ne peut rêver plus belle image de servitude volontaire. Saviez vous qu’après la Révolution, le port d’arme citoyen était tellement évident qu’il a semblé inutile de le stipuler dans la nouvelle constitution française ?

Eugène Delacroix : La liberté guidant le peuple en armes

L’attaque du Thalys montre aussi une vérité dérangeante pour beaucoup : quand les armes deviennent bannies par la loi, seuls les hors-la-loi sont armés. Encore une fois, on a eu de la chance qu’Ayoub avait tout du nigaud, parti avec des armes en mauvais état et, d’après les commentaires des deux militaires, sans grande idée sur leur emploi. Les frères Kouachi avaient montré dans l’attaque de Charlie Hebdo que leur entraînement avait été profitable. Les morts en témoignent. Imaginez si à la place de El-Khazzani, un ou deux combattants bien entraînés avaient pénétrés dans le Thalys ? On aurait compté les morts par dizaines. Sauf si, éventuellement, quelque citoyen armé avait descendu les malotrus, afin d’éviter un plus gros carnage…

Bien sur, un pays où les armes circulent librement et où chacun est potentiellement armé, cela fait peur. C’est une réaction normale que j’ai partagé durant la plus grande partie de ma vie. Mais il en va du port d’arme comme du reste : cette crainte émotive ne résiste pas à l’analyse rationnelle et factuelle. On se fait une image caricaturale des armes à cause des USA. Il est vrai que le pays connaît régulièrement des accès de violence auxquels on y associe les armes en vente libre. Mais en réalité, il n’y a pas de corrélation évidente entre port d’arme et meurtre par arme. D’autres pays, comme la Suisse, sont fortement armés sans connaître ces tueries et ces massacres. D’autres pays, comme la Norvège, la France ou la Belgique, ont connu ces attaques -et les connaîtront encore- alors que les armes sont fortement prohibées.

Si l’on considère le fondamentalisme islamique comme une nouvelle forme de fascisme, on ne le combattra pas avec un autre fascisme dont Mussolini avait donné la plus belle définition (« Tout par l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! »). Le risque au tournant, c’est l’État policier.

C’est donc la double facette classique du libéralisme qui nous aidera au quotidien contre le terrorisme (il y a, bien entendu, d’autres actions à entreprendre à d’autres échelles) : la responsabilité et son corollaire, la liberté. La responsabilité des citoyens, leur conscientisation à la défense et au danger sont une première étape. Soyez responsables de vous-mêmes, n’attendez pas systématiquement de l’État qu’il vous viennent en aide. Il viendra trop tard et en s’attaquant à vos libertés fondamentales, celles de pouvoir circuler librement et de vivre sans être sur écoute. La responsabilité de sa défense suppose donc la liberté de pouvoir le faire. Et inévitablement, laisser le citoyen, libre et responsable, s’armer contre les dangers qui le menace, ainsi que Charb, qui avait demandé un port d’arme, l’avait compris.

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2 réflexions sur “Attaque du Thalys : combattre le terrorisme par la responsabilité et la liberté

  1. De quelle surveillance de Paris vous nous parlez. Le plan du vigipirate, de la poudre aux yeux des citoyens, des militaires en armes, le déploiement de policiers, de gendarmes, réduits à faire les pots de fleurs, de la figuration. Un déploiement de force, de moyens qui impressionnent le quidam normal, mais ne saurait impressionner le terroriste qui depuis longtemps s’est rendu à l’évidence, que cette présence inactive, ne l’empêchait pas de rentrer sur notre territoire, même faisant l’objet d’une fiche « S » et de surcroit armé et pouvoir y circuler d’Est en Ouest et du Nord au Sud sans craindre le moindre contrôle. Une réalité . Ainsi les contrôles sont et demeurent la seule réponse aux terroristes, la peur doit changer de camp en acceptant de « perdre » un peu de liberté considérant que la première des libertés c’est circuler sans crainte pour sa vie. Que voilà les libres penseurs qui montrent le bout de leur nez, des libres penseurs à qui si l’on devait confier demain d’organiser notre sécurité, nous pourrions sans nul doute demain craindre le pire. Qu’es je à craindre que l’on écoute mes conversations, que l’on fouille mon véhicule, que l’on me demande de justifier de mon identité ? Rien… Je ne suis ni trafiquant, ni susceptible de porter atteinte à la sureté de l’Etat, ni même projeter des attentats…Dans tout cela rien ne me gêne…Ce qui me gêne c’est d’être contraint d’enfermer mon véhicule, de fermer à double tours ma porte d’entrée, de mettre une porte blindée à mon appartement, que des policiers soient contraints tout au long de leur service à porter un gillet de protection, de trembler pour mes enfants, pour ma famille… C’est cela qui me gêne au quotidien et je suis prêt à perdre un peu de liberté pour avoir la certitude d’une vie plus tranquille…Il faut banir de notre langage les mots « Discrimination » et  » Stigmatisation » qui depuis 15 ans nous empêchent d’agir face à la montée de la violence et aujourd’hui du terrorisme, car l’on n’arrête ni l’un , et encore moins l’autre avec des mots ou des postures de celle de l’autruche… Mettre la tête dans le sable c’est forcement offrir son céans à son adversaire

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    1. Mussolini a eu les mains totalement libre pour éradiquer la Mafia. Il a fait tout ce qu’on peut imaginer, arrestations et meurtres arbitraires compris, résultat, la Mafia n’a jamais été aussi puissante que dans les années 60.
      Si Mussolini, un dictateur-militaire à échoué, ce n’est pas la Police qui arrivera à éradiquer ces gens.

      Vous êtes visiblement prêt à ce que l’Etat puisse avoir une petite fiche sur vous, un accès libre à vos données, à votre compte en banque, puisse vous fliquer et vous emmerder jusqu’au dernier jour de votre vie « parce que vous n’avez rien à vous reprocher ». Vous n’avez peut-etre rien à vous reprocher aujourd’hui, mais demain, qui sait ? Vos parents qui vous lèguent leur patrimoine petit à petit par versement mensuel pour ne pas être taxé et l’État qui tombe quand même dessus ? Les quelques heures en black que fait votre gamin le samedi soir pour s’acheter un scooter ? L’amende routière que vous décidez de payer quelques mois en retard pour payer une facture d’électricité à la place mais le fisc qui se sert directement sur votre compte (ça m’est arrivé en Belgique via mes impots) ?

      Tout ça ne vous gène pas, vous préférez l’illusion d’un État policier alors que visiblement vous savez pertinemment que les patrouilles armées sont inutiles, mais finalement, je ne suis guère surpris venant … d’un policier.

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