Le gouvernement Michel s’est bien moqué de vous

Ce mois de « vacance » que je m’étais accordé fut long. Non pas que je me suis embêté, mais à chaque fois que je me connectais à Internet pour me tenir plus ou moins au courant de l’actualité, j’avais envie de mettre une paire de claque à Michel 1er. La situation est encore plus difficile à supporter quand il faut lire et écouter ici et là les habituels idiot-savants, que ça soit dans les rédactions de presse, dans les commentaires en ligne et dans les universités, nous asséner que le MR est libéral ou que cette politique représente « le plan des libéraux ».

Vous connaissez tous le jeu « ou est Charlie ? », on pourrait jouer à « ou est le libéralisme ? » dans la politique du MR. La différence, c’est que le premier jeu se finit quand on trouve Charlie et que le deuxième se termine quand on comprend qu’il n’y a pas de libéralisme à chercher dans les différentes gesticulations du gouvernement actuel. Le MR, si c’était un parti composé de gens honnêtes ou ayant lu autre chose que « Oui-Oui, j’apprends les chiffres » et le dernier Guillaume Musso, aurait dû depuis longtemps supprimer tout rappel au libéralisme dans ses statuts et son histoire. Je ne sais même pas depuis quand remonte la dernière action libérale du MR. Peut-être à Jean Gol (et encore vu son passif « progressiste ») ?

Ce que ce gouvernement fait, et il le fait très bien, c’est un programme très classique de social-démocratie de droite (Hayek dirait « de socialisme de droite » mais par respect pour mes nombreux amis gauchistes, je vais faire la distinction avec la social-démocratie). Le Mouvement Réformateur n’a rien réformé du tout, il a tripatouillé à la marge des détails de la grande machine administrative et kleptocrate qu’est l’État Belge et que se refilent à tour de rôle les cathos flamands et les socialistes wallons (de gauche…ou de droite).

J’avais dit dans le tout premier article, très énervé, de ce blog qu’il n’y aurait pas de tax shift digne de ce nom et que tout ce cirque finirait en plus de taxes pour les citoyens et quelques aides pour les patrons (et uniquement eux, c’est là qu’est l’os). J’avais raison. Je n’ai aucun don de voyance en particulier, j’ai simplement compris il y a de cela des années (après avoir déchiré à 20 ans ma carte de membre du MR, je reconnais mon engagement passé avec une certaine honte) que tous les partis, tous sans exception, sont composés de gens qui n’ont en tête que leur propre reproduction ainsi que la satisfaction de leurs besoins personnels et ceux de leurs amis. Partant de là, les idéologies promues par les uns ou par les autres (c’est donc valable pour le socialisme du PS) ne sont que de pauvres cache-misères de déserts intellectuels immenses qui peinent de plus en plus à occulter une volonté commune de pouvoir et de contrôle qui semble devenir sans limite. De l’extrême gauche à l’extrême droite, tous ne parlent que d’augmenter les pouvoirs de l’État et donc in fine, diminuer ceux du citoyen. Avec cette grille d’analyse, il m’était impossible de penser que le tax shift ferait autre chose qu’augmenter la pression fiscale et les pouvoirs de l’État. Et en voici la preuve.

Tous les Belges sont déjà au courant, la TVA sur l’électricité va remonter à 21 %, là ou depuis la dernière législature elle était descendue à 6 % (pour une fois que le PS faisait un truc bien !). Pour mon appartement, cette augmentation de 16 % représente presque 100€ à l’année. Ce n’est pas énorme mais pour une famille avec des enfants et une maison, ce chiffre peut, j’imagine, doubler ou tripler. Et puis, regardez bien l’image qui suit pour avoir une petite idée du niveau d’enfumage politique qui vient d’avoir lieu.

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Caramba, encore raté !

Le gouvernement fait aussi passer le précompte mobilier de 25 % a 27 %. Le précompte mobilier, pour ceux qui se demanderaient de quoi il s’agit, c’est surtout le revenu des actions. En plus, il a également été décidé de taxer plus fortement les plus-values dépassant quelques millions d’Euro. Hamid Faljaoui l’a très bien compris : haro sur la classe moyenne et quant à la gestion en « bon père de famille », aux oubliettes !  Augmenter les taxes sur le capital et ses revenus, les socialistes en rêvaient. Avec ça et la menace de retirer le droit de vote aux fraudeurs fiscaux, nul doute que Michou essaye de draguer la gauche (la sienne et celle du PS).

Les taxes sur les produits comme l’alcool et la cigarette viennent également d’augmenter. C’est évidement parfaitement logique selon les idées social-démocrates pour trois raisons. D’abord le contrôle normatif et hygiéniste de nos vies. L’alcool et les clopes, c’est mal, il faut donc les taxer pour en décourager l’usage. Ensuite, avec un système de sécurité social branlant et non-individualisé, les gens malades de ces consommations coûtent chers à la communauté, il faut donc augmenter le prix de leurs produits pour renflouer en partie le système social d’État. Enfin, troisième raison, cela reste un moyen pratique de faire rentrer de l’argent, d’autant plus que la hausse du prix du tabac n’a qu’un effet limité sur sa consommation. Tout bonus pour les finances de l’État ! La solution libérale est totalement différente. En suivant Spooner, la plupart d’entre nous diraient que « les vices ne sont pas des crimes » et que, oui, le tabac c’est dégueulasse, mais ce n’est pas notre problème, que les fumeurs -ici rendus responsables de leurs actes- s’arrangent pour leur santé avec leur mutualité ou leur assurance privée…

Enfin, symbole d’un gouvernement de droite (et non d’un gouvernement libéral), la réduction des droits au chômage, à la pension, … Taper sur les chômeurs plutôt que sur le chômage est un classique de la droite. Le classique de la gauche étant de taper sur les entreprises pour alimenter (dans tous les sens du terme) le chômage. C’est une solution inique qui part d’une idée totalement idiote qui consiste à penser que tous les chômeurs le sont parce que ce sont des fainéants. Et donc, sucrer un peu leurs avantages, c’est les pousser à trouver du travail. Évidement, des fainéants volontaires et des passagers clandestins, ça existe, mais quel pourcentage représentent-ils réellement ? La logique libérale est tout autre. Dans un monde libéral, il n’y a pas de chômage « d’État », les gens s’organisent soit individuellement via une assurance, soit collectivement via une mutualité. Première chose. Ensuite, dans un monde libéral, les entreprises étant beaucoup moins taxées et le code du travail lorgnant plutôt sur le genre suisse que sur le genre français, le monde du travail est plus flexible (gros mot pour les étatistes) et il en résulte que chômage est beaucoup moins élevé. Tout ce que fait Michel, s’est tenter de sauver le modèle socialiste du chômage en diminuant les dépenses à la marge, il ne réforme en rien le système et surtout pas dans une direction libérale.

Mais ce n’est pas tout. Il y aussi dans ce tax shift la diminution des « charges patronales », spécialement ce qu’on appelle en Belgique les « cotisations sociales » de 33 à 25 %. Vu que la Belgique est le pays le plus taxé dans l’OCDE si on en croit l’Institut Molinari qui a fait parler de lui ces derniers jours, cela semble être une bonne idée. Le syndicat des patrons applaudit et donc, comme à chaque fois qu’un syndicat adoube un geste politique, il faut s’en méfier.

Pour les libéraux, les « charges patronales » n’en sont pas vraiment, il s’agit en fait du « salaire complet » du travailleur. Le salaire brut n’est rien d’autre qu’une fiction. Techniquement, ce qu’a fait Michel, c’est donc diminuer le salaire des employés. Dans un monde ou la santé et la sécurité sociale sont basé sur un fonctionnement socialiste (caisse commune gérée par l’État), diminuer les cotisations sociales c’est donc d’abord diminuer les salaires et les rentrées d’argent dans la caisse commune qui sert de protection contre les aléas de la vie. Pas étonnant que les syndicats patronaux approuvent. Les entreprises ont moins à payer, les salariés n’y gagnent rien, que du contraire. Un monde libéral est bien entendu moins taxé mais il y une différence de taille : les assurances privées coûtent énormément moins cher que les systèmes administratifs dirigistes, tout en couvrant mieux les bénéficiaires. C’est ce que nous enseignent l’histoire des « libérés de la sécu » en France et les calculs de H16 ou des libertariens. Et donc, parce que les travailleurs reçoivent leur salaire complet, un taux d’imposition des sociétés bas favorise réellement les entreprises sans toucher au salaire des travailleurs, qui deviennent libres de s’assurer comme ils le veulent, en êtres responsables et sans qu’on décide arbitrairement pour eux si on va mettre un peu moins ou un peu plus dans la caisse commune. L’ajustement à la marge par la diminution des coûts du système social est bien un ajustement de droite socialiste, pas une réforme libérale. La différence entre les deux conceptions est absolument abyssale !

Ensuite, le gouvernement tombe dans le piège des entrepreneurs qui ont l’oreille du Prince en s’imaginant, comme le clame Daoust que « les entreprises vont pouvoir engager ». Pour cela, il faut aussi que les carnets de commandes soient remplis. On ne va pas engager pour le simple plaisir de voir des nouvelles têtes et j’ajouterai également que cette conception politique oublie l’état lamentable du système scolaire où le nivellement par le bas de ces dernières années pousse sur le marché du travail des gens inaptes à travailler, donc malheureusement « inutiles » (j’entends par là, inutiles pour le monde du travail classique et non, bien entendu, pour le reste de leurs compétences ) et qui ne seront pas engagés. Combien de métiers sont en pénurie de main d’œuvre qualifiée et volontaire ?

Bien sur, une telle diminution de la charge fiscale sur les entreprises n’est pas que négative. Le marché du travail belge crève littéralement sous une avalanche de taxes et de régulations. Pour 100€ de salaire net, il faut pour un employeur débourser près de 250€ en brut. A ce taux, il n’est pas étonnant que les gens mal/peu formés, justement, rencontrent des difficultés à trouver un emploi : le jeu n’en vaut pas la chandelle pour les patrons. Un peu moins de taxes, ce n’est donc pas « mal », mais cela ne constitue en rien un pas de plus vers le libéralisme et ça n’est qu’une réponse conjoncturelle, qui aidera un pourcentage trop faible de la population, à un problème qui demande une réponse structurelle.

Charlot

En résumé, il est clair pour les gens correctement informés de la philosophie politique que le gouvernement Michel n’a pas produit une seule idée libérale. La social-démocratie belge continue son petit bonhomme de chemin, en passant des socio-démocrates de gauche aux socio-démocrates de droite. Chacun essaye de sauver l’État social à sa manière, aucun des deux ne le remet en cause. Cette social-démocratie n’est satisfaisante ni pour les socialistes purs et durs, ni pour les libéraux comme je viens de le démontrer. Face aux problèmes de financement de l’État et de ses fonctions, et alors que la réponse libérale consiste à diminuer les pouvoir de ce dernier, la réponse du MR fut d’augmenter les impôts sur les classes moyennes. Au même moment, le principal intéressé ose venir clamer dans les médias qu’il a, je cite, changer le moteur économique du pays. Deux ou trois mesurettes, un changement de moteur, on croit rêver. Avis à tout ceux qui croient encore au libéralisme du côté des bleus…

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8 réflexions sur “Le gouvernement Michel s’est bien moqué de vous

  1. Ce qu’il faut comprendre : les ‘politiques’ qui s’agitent au gouvernement ne sont que les valets, les larbins du grand capital, de la haute finance. Le vrai pouvoir appartient aux très très petits nombre des très puissants et les ‘professions minérales’ et petits indépendants qui votent MR2 ne représentent que le 1/4 monde des bourges ! La grande bourgeoisie s’en tape !

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    1. « le grand capital », dites, vous savez que vous n’êtes pas sur le forum de Libération ici ?

      Les « larbins du grand capital », comme vous dites, viennent de mettre en place la taxation des plus values et viennent d’augmenter le précompte mobilier. Vous savez ce que ça signifie ou vous continuer à prêcher la doctrine du PCF sans réfléchir ?

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  2. Merci pour votre analyse. Mais je ne parvient pas a comprendre la raison qui vous pousse a employer dans vos articles le terme socialisme, socialiste, au lieu de communisme, communiste qui sont en véritable adéquation avec la réalité…..Je vous accorde qu’il n’y a pas encore de goulag, dans les Ardennes, mais la GPU est pourtant de plus en plus visible, présente et active……!

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    1. Parce que je suis universitaire de formation et que j’aime nommer les choses le plus correctement possible : ce que ce que nous affrontons n’est pas du communisme. Je le sais d’autant plus que je fréquente quasi quotidiennement des communistes et que je les entends discuter et commenter l’actualité…
      Dans un pays communiste, il n’y aurait qu’une banque nationale, il n’y aurait que des entreprises publiques (ou des universités : j’ai été formé à l’ULB, et c’est une université privée), …
      Je vous rappelle, à la suite de Marx, que le communisme c’est la mise en commun, et en public, des moyens de productions. Ce n’est heureusement pas encore totalement le cas ici. Pour vous en convaincre, regardez ce que propose le PTB, Comac, Solidaires, la LCR ou le PSL. Il y a encore une marge avant d’arriver jusqu’à eux, dans lesquels le privé à un peu de place.

      Même le terme « socialisme » est parfois impropre, « social-démocrate » est a mon avis le plus juste. Le principe contemporain « d’économie mixte » l’illustre à merveille. Je ne fais pas ici d’analyse d’idée, je me contente de gueuler de temps en temps sur l’actualité quand je n’en peux plus de mon environnement étouffant. Mais si on repense à cette idée d’économie mixte, qu’est-ce que c’est ? Dans les grandes lignes c’est le signe de la double défaite du socialisme et du libéralisme, et le triomphe de la social-démocratie. Pourquoi ? Parce que les socialistes qui proposent ça, ne proposent pas une solution « tout Etat », une vraie solution socialiste ou communiste. Non, ils proposent un plan privé mais a peu près encadré et drivé par le public, parce qu’avec la chute du mur, une partie de la gauche à compris que les entrepreneurs, le privé et l’économie fonctionnent mieux sans l’Etat. Mais parce qu’ils ont un besoin d’argent pour financer leurs idées, ils veulent en garder le contrôle. C’est donc mi-socialiste (l’Etat controle) mi-libéral (droit privé, fond mixte ou privé, personnes privées, marché), bref, de la social-démocratie.

      C’est une question difficile parce que ce sont des termes qui ont varié dans le temps, comme le terme libéral du reste, mais si on s’en tient a ce qu’il était avant la seconde guerre mondiale (avant le grand jeu des changements sémantiques), aussi bien pour le libéralisme que pour le communisme ou le socialisme, on est pour moi dans une troisième voie qui après avoir penché vers la droite durant les 90’s, penche aujourd’hui vers la gauche (le contrôle étatique n’a jamais été aussi fort n’en déplaise aux pleurnicheurs du « néolibéralisme ») sans être pour autant du socialisme.

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  3. Très bonne analyse, je vous félicite pour votre lucidité, le MR n’est effectivement rien d’autre qu’un parti de gauche, sorte de pseudo-droite tout aussi étatiste que le PS, c’est un peu le PS la générosité en moins. Ce gouvernement n’a strictement rien programmé pour dégraisser l’état obèse, il a juste déplacé son ventre sur les belges les plus fragiles.

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