Politique, novlangue et capitalisme (de connivence) pour les nuls en Wallonie

Il y a des jours, en lisant nonchalamment les coupures de presse, on se demande pourquoi en Wallonie tout va si mal sur le plan économique. Je veux dire, quand on voit l’énergie déployée par nos chers (très chers) élus, il est clair qu’il font tout pour que la situation s’améliore.

Voyez plutôt. Je lisais ce matin un titre dans Le Soir : « Si la coopérative Dynamo arrive à réunir 100.000 euros, la Sowecsom double la mise. Un exemple du nouveau soutien à la création de coopératives. ». Première réaction : la Sowescsom ? Diantre, qu’est-ce donc que ce bidule qui donne du pognon (le vôtre hein, il ne tombe pas du ciel) à des entreprises sur simple levée de fonds, en doublant celle-ci ? Deuxième réaction, hilare cette fois-ci, à la lecture de la réaction du délégué FTGB, un syndicat dont le credo est toujours en 2015 la révolution socialiste, qui nous explique que, créer un entreprise, c’est être en « auto-gestion », c’est « prendre son destin en main ». Mieux, créer une entreprise, devenir entrepreneur, ça peut même permettre de se « sortir du chômage » et constituer une « alternative aux allocations » sociales. Oufti, rien que ça ! Nous sommes en 2015, la gauche de la gauche vient de se rendre compte que pour réduire le chômage, il fallait créer des emplois, c’était même carrément une bonne idée. Alleluia !

Bien entendu, les termes « entrepreneur » et « entreprise » sont soigneusement éludés. N’y voyez pas d’oubli : entreprendre, créer une entreprise, c’est capitaliste, c’est néolibéral, c’est la droite, bref, c’est mal. Par contre, les coopératives, c’est cool, c’est gentil, c’est social. Mieux, c’est citoyen. Marcourt nous explique sur son site que les coopératives, c’est important pour trois raisons :

1. Mobilisation de l’épargne « citoyenne » et implication des citoyens

2. Communauté d’intérêts entre producteurs et consommateurs, entre coopérateurs et travailleurs etc…

3. Impact direct sur l’économie locale

Voilà, « économie sociale », c’est le gentil capitalisme en novlangue socialiste. Ce n’est pas comme si 95 % des entreprises ne répondaient pas déjà à ces trois critères. C’est bien connu, une entreprise « normale » (non sociale, non solidaire et non citoyenne), n’utilise pas l’épargne des citoyens (les investisseurs sont des Martiens ?), ne les implique pas (personne n’achète jamais rien ?) et n’a pas d’impact sur l’économie… Alors, pour palier les problèmes des vilaines entreprises, Marcourt a créé cette fameuse Sowecsom :

La SOCIETE WALLONNE D’ECONOMIE SOCIALE MARCHANDE, en abrégé SOWECSOM, a été constituée le 6 juillet 1995, par la Société Régionale d’Investissement de Wallonie (S.R.I.W. ), en étroite collaboration avec le Gouvernement de la Région Wallonne et les Organisations syndicales.

Elle a pour objet de promouvoir le développement de l’économie sociale en région wallonne

Depuis sa création, la Sowecsom revendique la création ou le maintien de 7000 emplois pour un total de … 52 000 000€ investis, ce qui nous donne près de 7 500€ par emploi. Sachant qu’on parle ici de « la somme mise à disposition des entreprises » et non de l’argent total dépensé par la Sowetruc (en salaire, cachetons et petits fours), on peut se poser la question de la réelle utilité économique d’une telle usine à gaz. Cet argent venant des poches des payeurs d’impôts (entreprises et particuliers), on peut se demander ce qui serait arrivé si au lieu de taxer tout ce qui bouge, on avait laissé cet argent là où il était plutôt que de le prendre avant de le rendre (en gardant une partie au passage). Mais attention, à partir d’ici, il va falloir s’accrocher, parce que ce n’est qu’un début.

Notre ministre Marcourt ne s’est pas arrêté là : comme la Sowemachin ne suffisait visiblement pas, il a créé un nouvel outil qui répond au doux nom de Brasero (vous savez, cet objet qui sert à rester au chaud en cramant des trucs, ici votre argent). Celui-ci, au budget très modeste jusqu’à maintenant de 3,5 millions, s’est donné pour but de « développer les initiatives citoyennes ».  L’économie « sociale et citoyenne », ce capitalisme qui ne dit pas son nom. Si vous vous demandiez ce que ça pouvait bien couvrir, la liste de possibilités laisse rêveur : « tous les types d’activités économiques, dans le secteur des services, de la vente, du commerce équitable, de l’agro-alimentaire, ou encore du socio-culturel. Et la liste n’est pas exhaustive »

brasero

En gros, tout peut-être « citoyen » et « social » ou « solidaire », il suffit qu’un socialiste décrète votre entreprise comme faisant partie du Camp du Bien. Avec un peu de bol, Coca-Cola pourra bientôt postuler.

Mais reprenons le paragraphe qui décrit la Sowecsom : elle a été constituée par la SRIW et les syndicats. Ah ! Les syndicats, évidement … Question naïve, qu’est-ce donc que la SRIW ? La Société Régionale d’Investissement en Wallonie, encore un truc qui sert donc à verser de l’argent public dans des entreprises bien privées. Et ne rigolez pas, parce que la SRIW envoie du pâté :

Depuis 30 ans, il favorise ainsi le développement économique en Wallonie et contribue concrètement et efficacement à la modernisation, à la croissance et au redéploiement des entreprises de notre tissu industriel.

Rien que ça ! Tous les Liégeois qui ont vu leurs millions de taxes partir en fumée dans les haut-fourneau ou dans les poches de Mittal n’ont que leurs yeux pour pleurer en lisant que la SRIW a « concrètement et efficacement » participé à la « modernisation » du tissu industriel wallon.

A ce moment, on se dit que la Wallonie a décidément mis tout en œuvre pour financer ses entreprises. Mais puisque rien n’est simple en Wallonistan, il ne faudrait pas oublier la Sogepa.

La Sogepa ? Oui ! La Société wallonne de Gestion et de Participation, un truc qui « participe à la création de valeur ajoutée pour l’économie et les entreprises wallonnes ainsi qu’au développement de l’emploi dans la Région ». Ah, on a un peu de mal à voir la différence avec la SRIW ou la Sowemachin, je suppose qu’il font moins dans l’industriel et moins dans le « citoyen » (on rigole moins quand on voit que ArcelorMittal est partenaire…).

Évidement, la Sogepa serait bien embêtée de se retrouver seule face au monde des PME. Les entreprises c’est une chose, l’économie solidaire encore une autre. Que dire des PME ! Alors, on a créé aussi la Sowalfin. SO pour « société » (on commence à comprendre le truc), WAL pour « wallonne » (quelle imagination) et FIN pour « financement et garantie des PME ». Au cas où ni la Sogepa, ni la SRIW, ni les autres n’auraient pu mener à bien une mission avec celles-ci.

Mais tout ça, c’est oublier que ce qui compte, c’est le local. L’obsession du « local », c’est un peu comme le « citoyen » de la novlangue économique socialiste : une entreprise qui aurait le malheur de vendre des produits pas locaux, c’est mal. Le grand jeu constituant bien entendu à définir de manière élastique le « local » (les bananes bio et local, c’est compliqué sous nos latitudes). Tout ça pour dire que, vu que ni la Sogepa, ni la Sowalfin, ni la SRIW ni personne ne semblait armé face au rude monde local (le Wallon, de près, peut être une brute à peine sortie de l’âge de pierre), il a fallu mettre sur pied les Namurinvest et les Meusinvest. Il s’agit de sociétés « privées » mais reconnues « d’utilité publique », elles aussi, d’investissement pour Namur et Liège (oui, tout le monde sait que la Meuse ne passe qu’à Liège). Juste pour l’information, sachez que Meusinvest est divisée en 6 filiales brassant pas moins de … 151.851.607 €. Un mix brillant de politiciens et d’hommes d’affaires aux intérêts communs et bien compris, du gros capitalisme de connivence classique.

Puisqu’on parle de local, n’oublions pas que le local c’est aussi tout ce qui est éloigné et comme il existe aussi en Wallonie des capitalistes qui pensent que le local des pays voisins est plus sympa que le local wallon (on se demande pourquoi), il fallait évidemment penser à créer l’AWEX, l’Agence Wallonne pour l’Exportation puisque ni la Sogepa, ni Sowalfin, ni décidément personne n’aurait pu s’occuper des vils expatriés.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, tout ce système est un peu compliqué et il semble que certains s’y perdaient (certains élus semblent aussi s’y être perdus dans les C.A. mais je vous rassure, c’est normal). Du coup, ni une ni deux, on a mis sur pied l’AS-E, l’Agence de Simulation Economique, qui aide, accompagne et conseille les entreprises dans les méandres de la paperasse administrative wallonne. Et, puisque qu’il semble que ça manquait dans le paysage, l’AS-E peut également financer les PME à coup de plusieurs dizaine de milliers d’euros.

Comme ces pauvres bougres ne savaient pas en plus s’occuper du numérique, cette hydre de complexité moderne, il fallut mettre sur pied l’AEI, l’Agence pour l’Entreprise et l’innovation, l’AdN, l’Agence du Numérique et bien d’autres, j’arrête là. Admirez quand même le site web à la mode des années 2000 pour l’Agence du Numérique, ça donne une idée de l’ampleur de la compétence de ces gens.

Tout ça restant si complexe, il a aussi été nécessaire de mettre sur pied la Saw-B, une fédération de gens très gentils, comme ils le disent, une « fédération d’économie sociale, rassemble les hommes et les femmes qui construisent une économie centrée sur le respect de l’humain et de l’environnement et non sur le profit ». Le retour de l’économie sociale ! Oui, les profits c’est pour les méchants, l’économie sociale c’est d’abord un truc qui perd du pognon. Nos bonnes âmes de « l’économie sociale et solidaire » veulent bien des entreprises qui ne font pas de profit, la solidarité s’opérant directement avec votre porte-monnaie via les impôts. Ce qui est encore plus rigolo, c’est que c’étaient les mêmes qui criaient en 2008 qu’ils ne « voulaient pas payer la crise du capitalisme » et ne pas payer les « pertes privées » avec l’argent du public (et ils avaient raison à cette époque). O tempora, O mores !

Mais, comme on n’est jamais trop sûr que tout cela soit bien clair pour tout le monde, il fallait aussi en plus de la fédération, créer un réseau, Financité, histoire d’être sur d’avoir casé jusqu’au dernier copain, tout en créant un peu de démagogie autour du projet « procès de la finance ». Le monde politique, qui n’est plus à une contradiction près, peut participer à la création de près de six offices de financement pour le monde économique tout en se demandant si la finance c’est pas quelque chose de très méchant. Il faudra comprendre qu’une entreprise financée par l’État avec vos impôts, c’est de la bonne finance. Peu importe donc si la dite entreprise ne fait pas de profit, c’est même le but. Et au contraire, si une entreprise parfaitement bénéficiaire fait appel à de la finance privée, c’est faire le jeu du diable en personne et de la mauvaise finance.

Résumons : Sowecsom, Sogepa, Sowalfin, SRIW, AWEX, Meusinvest, Namurinvest, (et soyez sûrs qu’il y en a d’autres) utilisent vos impôts et vos taxes, dont on sait a quel point elle peuvent plomber l’économie wallonne, afin d’en reverser une partie à quelques entreprises triées sur le volet. A cette somme prélevée sur vos salaires, il faut retirer le gouffre financier que représente l’administration de ces comités Théodules et les salaires mirobolants des dizaines et dizaines d’élus qu’on retrouvent à leurs commandes. Ils prennent 50, rendent 20 et il faut encore supporter leurs discours démagogiques. Bien entendu, une partie non négligeable de l’argent qui arrive dans les comptes de ces comités est privé : c’est le rôle des partenaires de la Sowalfin ou de Meusinvest (par exemple). Mais qui est le président du C.A. de Meusinvest ? Un certain Michel Javaux. Accessoirement co-président d’Ecolo, ancien secrétaire d’État et ancien député. Une belle holding privée-publique dirigée par des politiciens. Son directeur est un certain Gaëtan Servais qui navigue entre sociétés culturelles (vous savez, ces trucs qui ne fonctionnent qu’à coup de subsides) et mandats avec le PS. Tout ce petit monde se fait régulièrement des petits cadeaux. Le directeur adjoint, Fabian Marcq, autre petit cumulard, est lui étiqueté MR. Un président Ecolo, un directeur PS et un adjoint MR. Voilà, la boucle est bouclée. Le niveau potentiel de corruption à ce niveau étant explosif.

Vous pensez que j’exagère ? Lisez plutôt comment cet argent à été gaspillé dans l’éolien offshore, comment il sert à financer des centres commerciaux (un projet citoyen et social alternatif probablement), comment la Sogepa s’offre allégrement des salaires de 1000€ l’heure, comment la même société se retrouve à perdre 5 millions pour gestion foireuse. La Sogepa, encore, ayant été soupçonnée de corruption autour de l’affaire Kubla … Faites un autre petit jeu : allez sur chacun des sites Internet des agences citées ici et voyez qui on retrouve dans les C.A. : une écrasante majorité de politiciens ou de « cabinetards », quelques militants professionnels d’ONGFG (ONG Financées par les Gouvernements) et quelques personnes issues des grandes banques, les meilleurs amis de nos élus. Comment ne pas croire une minute que tout ce beau monde se renvoie constamment des ascenseurs, des petits boulots, des petites primes de présence ? Les vrais gagnants de l’emploi à la suite de la création de tous ces trucs à base de novlangue pour repentis du socialisme pur et dur (oui aux entreprises privées, mais seulement si elles sont les marionnettes des élus), ce sont tous ceux qui ont leurs noms sous les rubriques « qui sommes-nous ? ».

Peut-on imaginer un instant l’argent perdu et mal dépensé dans ces hydres politico-financières alternatives ? Un sacré paquet de millions. J’offre une bière à celui qui aura le courage de faire le calcul parmi les dizaines de PDF qu’il faudra télécharger pour avoir le compte final. Avec tout ça, franchement, je ne comprends toujours pas comme la Wallonie peut-être aussi mal barrée.

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