La Belgique unie dans le dynamitage du droit et du journalisme

Entre deux manifestations et les combats d’infirmes qui s’en suivent toujours (droite contre gauche), il semblent que nos parlementaires fédéraux se soient pris d’une petite lubie à tendance communiste. Et je dis bien « nos parlementaires » et non « certains parlementaires ». MR, PS, CDH, CD&V, SPA, tous vous dis-je, vont emprunter la petite route cabossée de la servitude communiste.

Du moins, c’est ce que l’on pourrait croire à en lire nos braves journalistes de la RTBF, de RTL, de la DH et du Soir (on a pas encore vu La Libre sortir un papier, mais ça ne saurait probablement pas tarder).

Alors, de quoi s’agit-il ? Une proposition de loi, portée à bout de bras par un député que l’on retrouvera à la page « inconnu au bataillon » du répertoire des élus, voudrait faire interdire les fonds vautours.

Mais qu’est-ce qu’un fonds vautour ? Demandons à nos journalistes :

Pour RTL :

Les fonds vautours sont des fonds financiers qui acquièrent les titres de la dette de pays pauvres à des prix inférieurs à leur valeur faciale. Une fois que le pays en question retrouve une certaine solvabilité, les fonds vautours l’attaquent devant la justice afin de récupérer l’intégralité du prêt, majoré de pénalités de retard

Et pour la DH :

Les fonds vautours sont des fonds financiers qui acquièrent les titres de la dette de pays pauvres à des prix inférieurs à leur valeur faciale. Une fois que le pays en question retrouve une certaine solvabilité, les fonds vautours l’attaquent devant la justice afin de récupérer l’intégralité du prêt, majoré de pénalités de retard

Tiens, c’est rigolo, le journalisme aujourd’hui, ça à l’air facile, il suffit de suivre le modèle. On comprend donc que les fonds vautours sont des gros méchants qui ne veulent que le mal des populations pour gagner toujours plus d’argent et qui, quand il s’agit de faire respecter un contrat, « attaque » sans vergogne les pauvres États sans défense. Il est donc normal que notre brave député Ahmed Laaouej prenne le projet à bras le corps afin de faire stopper cette infamie, tant il est évident que c’est un sujet que les Belges ont réclamés à corps et à cris, d’ailleurs, c’est RTL, la DH, Le Soir et la RTBF qui le disent la plume en chœur :

Fondée sur une demande de la société civile et plus particulièrement de la part des organisations non gouvernementales, cette proposition de loi doit donner « de nouvelles armes » à la justice belge afin de lutter contre des pratiques que l’initiateur du texte, le député socialiste Ahmed Laaouej, qualifie « d’abus de faiblesse économique »

Décidément, le journalisme, je me demande pourquoi il faut 5 ans d’études pour y décrocher le diplôme. C’est si long que ça apprendre à faire des copier-coller ? La société civile, c’est bien entendu vous et moi, mais ne vous inquiétez pas si vous n’aviez rien demandé, je vais y revenir.motivator7abeecf16db6ecd453561b0ae5f2b8510198b52e

Comme il ne faut visiblement pas demander à nos journalistes de voir plus loin que le bout de leur dépêche Belga, je voudrais quand même souligner deux ou trois trucs sur cette bonne idée.

On comprend d’abord très vite qu’il n’y a pas d’unité fédérale derrière ce machin, si ce n’est quelques élus ayant signalé partager l’idée. Encore faut-il qu’elle soit adoptée par l’ensemble des partis pour qu’on puisse parler d’unité. Je me demande bien où l’agence Belga à été pêcher un titre aussi éloigné des faits. Mais passons.

Une telle proposition de loi ne tombe pas du ciel. Elle est portée en Belgique depuis plusieurs année notamment par la société civile un piponomiste du nom de Xavier Dupret, militant syndical qui traîne sa faucille et son marteau dans diverses associations, dont Jacquemotte qui a pour but affiché de « contester l’ultralibéralisme qui traverse la société ». Rien que ça ! Le lobbying, c’est méchant si c’est les entreprise, mais si c’est la « société civile », alors là, c’est bon ! Si Xavier Dupret avait lu un seul livre sur le libéralisme dans sa vie, il saurait que si ultralibéralisme il devait y avoir, il n’y aurait en Belgique aucune subvention la culture, aux médias, aux associations et aux entreprises; aucune niche fiscale; aucune sécurité sociale étatique; aucun ministre des sports; aucune aide au développement et à la coopération; une circulation totalement libre des biens, services et personnes; un taux total d’impôts qui ne dépasserait probablement pas les 15 %; aucune lois sur le foncier autre que celle de la propriété; il n’y aurait ni UE, ni Euro; … et j’en passe des centaines ! De quoi mettre un Xavier Dupret au chômage ou coupeur d’oignons au Mc Donald. Horreur ! Malheur ! Rien qui ressemble de près ou de loin à la Belgique actuelle. Voilà, Jacquemotte (pas le café), c’est donc pour la société civile. Si vous n’êtes pas communiste comme eux, ben vous n’en faite visiblement plus partie.

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Bref, quand on lit que ces gens pensent vivre en « ultralibéralisme », il n’en faut pas plus pour se convaincre qu’ils vivent dans l’ultra-connerie la plus totale. Le pire, c’est qu’il faut des blogs entiers pour démonter leurs salmigondis de nostalgiques de l’URSS impropres à tout cerveau normalement constitué. Et il est très difficile de le faire sans les injurier copieusement avant de les ignorer promptement.
Ensuite, ce serpent de mer des « fonds vautours » est décidément l’ultime preuve que le socialisme n’a que faire des accords et du droit. L’Argentine est citée en exemple par nos apprentis staliniens, alors je vais encore une fois de plus leur mettre le nez dans la réalité et la vérité, même si ça pique pour nos altercomprenants.
Pour faire très vite et très simple, l’Argentine décide fin des années 1990 d’émettre sa monnaie sous forme de currency board aligné sur le dollar (on arrime donc de force une économie pauvre et en déroute sur une économie forte, tout ça va forcément bien finir). Tout va bien tant que ce dernier reste bas. Fin 90’s, le dollar monte, et crac-boum-hue l’économie argentine explose en vol. Une idée socialiste géniale de plus qui claque à son climax en laissant sur le carreau les habitants du pays. Et malgré tout ça, depuis 2001 le pays continue sa course en avant en s’endettant pour financer sa politique socialiste qui, Oh surprise, finit dans le bac à sable comme partout ailleurs.
Arrive les moments, nombreux, où l’Argentine ne peut plus payer. Elle pourrait choisir de faire défaut et d’envoyer paître ses créanciers. C’est le jeu. Mais voilà, une telle manœuvre veut dire s’asseoir sur la possibilité de s’endetter à nouveau à l’avenir. Et quand on est socialiste, vivre sans dette, c’est du domaine de l’impensable. Du coup, les dirigeants argentins ont passé des années à négocier, renégocier et demander des rallonges et des allégements jusqu’à ce que certains créanciers craquent et, crise de 2008 oblige, revendent leurs bons argentins à des fonds, très vite renommés « vautours » après avoir eu le mauvais goût de vouloir faire respecter un contrat face à un tribunal. L’Argentine s’était engagée à rembourser, elle a fini par changer d’avis, le tribunal lui a ensuite gentillement rappelé qu’un contrat est contrat et qu’il fallait passer au crachoir. Franchement, qu’est-ce que c’est que ces salauds qui demandent à être remboursé ? On se le demande. Et tout ce droit des contrats à respecter, on nage décidément en plein ultra-turbo-libéralisme.kirchner1
Et ça, le droit des contrats, nos amis socialistes n’en veulent plus. Profiter de l’argent des autres, ça va bien, mais s’il faut commencer à rembourser, c’est moins sympa. Évidement, les créanciers sont les idiots utiles de telles politiques. Continuer à financer de pareils vautours politiques qui profitent des faiblesses économiques, sociales et juridiques de leurs électeurs (oui monsieur Laaouej, la vrai faiblesse est du côté de ceux tabassés par l’État à coup de lois et d’impôts et qui finissent par en subir les conséquences) est une aberration qui m’étonnera toujours.
Ceci étant, quand nos élus apprendront à vivre de nos impôts, en bons pères de familles et non pas en nous prenant pour des incapables, nous promettant monts et merveilles payés par la dette que rembourseront nos gamins, ce genre de situation n’arrivera plus. On ne peut pas réclamer sans cesse le droit de s’endetter et le droit de ne pas rembourser. Ou alors on se déclare en faillite, et on assume.

Quand on jette un œil à la proposition de loi, on est quasiment assuré que ce schmilblick ne fonctionnera jamais et fera simplement fuir quelques investisseurs de notre pays, car concrètement cette proposition

vise à permettre au magistrat de déterminer s’il se trouve devant un fonds vautour. Pour ce faire, il devra établir s’il y a une « disproportion manifeste entre le montant d’achat et de la revente de la créance« . D’autres critères devront également être considérés, notamment la présence du fonds dans un paradis fiscal ou la situation de cessation de paiement de l’État victime. Si le demandeur est effectivement un fonds vautour, celui-ci ne pourra récupérer devant la justice belge que le prix initialement payé pour son achat d’obligation, et non sa valeur faciale

Un juge va donc devoir décider si oui ou non, le détenteur de la dette est légitime ou pas. Vous voyez, il y a des bons fonds et des mauvais fonds, c’est comme les chasseurs. Le cas de l’Argentine explique bien de quoi il s’agit, comme c’est dit à demi mot dans cet article du Monde, un fond vautour est d’abord celui qui n’accepte pas de perdre 70% de son prêt. Tremblez donc à l’idée de réclamer vos droits aux remboursements, vautours ! On ne sait pas trop non plus si « disproportion manifeste » ça commence à 10%, 50% ou 67,4% de bénéfice. On rigole d’avance à imaginer les débats. Sachant que les fonds ayant racheté la dette Argentine sont basés aux USA (Elliot Management ou Aurelius), on se demande aussi ce que le machin des paradis fiscaux vient faire là dedans. Bien entendu, pour tout bon socialiste, un pays qui taxe moins que le sien est de facto un paradis fiscal pratiquant le dumping social. Aucun doute que les USA finiront sur la liste un jour où l’autre.

Voilà donc notre fière Belgique prête à fouler du pied le droit des contrats (quel accord ?) et de la propriété (ton pognon ? quel pognon ?).

Il n’y a pas à dire, on est sur la bonne voie. De quoi rassurer les investisseurs, j’en suis sur. Pour terminer, je me pose une question : la raison pour laquelle les tribunaux américains sont légitimes pour ce genre de litiges est que cela fait partie de l’accord de base. La justice de pays du type de l’Argentine n’étant que très peu (voir pas du tout) indépendante du pouvoir, les prêteurs inscrivent dans les conditions le recours aux tribunaux du pays de l’oncle Sam en cas de litige. Quel pouvoir va donc avoir un éventuel tribunal belge dans ce cas de figure ? A part crier dans le désert ?

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