Faut-il craindre Bart De Wever ?

La NVA revient en avant de nos médias ces derniers jours, notamment à cause d’une déclaration borderline de De Wever dans laquelle il disait qu’à Anvers, il y avait un problème d’immigration chez les Berbères.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ire générale chez nos journalistes et politiciens, chose au demeurant parfaitement prédictible (il n’est d’ailleurs pas improbable que ça soit parfaitement calculé de la part de Bart, mais passons). Dans la population « moyenne », on semblait assez peu préoccupé, et même, à la lecture des commentaires sous bon nombre d’articles, on donnait souvent raison à Bart. Ouille.

Une manifestation contre De Wever a eu lieu quelques jours plus tard pour dénoncer ses propos, elle a attiré entre 150 et 200 personnes. Paye ta mobilisation. Si on retire les adhérents de diverses associations, les militants professionnels et les journalistes présents, il ne reste pas grand monde de « non encarté ». Autant dire que tout le monde s’en fout.

copyright Le Vif
« Je suis Berbère » : simple énonciation identitaire ou récupération éhontée ? copyright Le Vif

On parle beaucoup dans la politique française de « faire le jeu du FN » en parlant tantôt de la droite qui en reprend certains thèmes (et donc les rend légitimes), tantôt de la gauche à cause de la nette boboïsation de son discours (dans lequel ne se retrouvent plus les classes populaires et les classes moyennes non-citadines). N’en déplaise à chacun des deux camps, les deux approches sont probablement dans le juste.

Et à mon avis, en hurlant au retour des bottes cloutées tapageuses dans nos rues, nos amis fustigeant De Wever me semblent eux-aussi faire le jeu du ténor flamingant d’Anvers. Et donc de l’extrême droite. On sait que près de 50 % de la population carcérale est composée de musulmans dont beaucoup sont issus de l’immigration maghrébine et que c’est dans cette même population qu’on retrouve une grande partie des petits délinquants qui vous pourrissent le quotidien. Dans un contexte général de terrorisme islamiste, il n’en faut pas beaucoup plus pour échauder les esprits (simples). En mettant en place un tel tir de barrage contre De Wever,  toute cette clique d’indignés professionnels ne fait probablement qu’apporter de l’eau au moulin du flamingant (lire par exemple les commentaires sous cet article).

Prenons un cas emblématique. Marcel Sel, que j’ai connu plus fin et plus inspiré, à publié un long article dans lequel il enfile les approximations et les sophismes comme des perles. J’ai particulièrement apprécié deux passages.

D’abord, en simplifiant au maximum le concept de racisme, il écrit que « [J]eter l’opprobre sur un groupe humain dans une émission de télévision de la chaîne publique ne montre donc pas une volonté de nuire… je note ! […]Si décrire un groupe humain comme menaçant n’est pas une incitation à le haïr, jusqu’où faut-il aller ? ». Pour faire simple : dire du mal d’un groupe d’individus = racisme, et le racisme, c’est mal. Juste après, on s’effraye en lisant : « Ce glissement [raciste] n’est pas fortuit, il est organisé par les néoconservateurs et l’extrême droite. […]. Force est de constater qu’ils sont bien, à nouveau, largement tolérés ». Notre cher blogueur engagé écrit donc bien que le groupe d’individus qui compose la droite conservatrice est menaçant, il jette l’opprobre dessus. Et comme le titre le rappelle : stigmatiser, c’est raciste. L’article de Sel stigmatise la droite (néo)conservatrice (il n’a probablement pas grande idée de ce qu’est le néoconservatisme pour écrire ça…). De là à penser qu’il est raciste envers les gens qui ne partagent pas son avis de droite, il n’y a qu’un pas…

Ensuite, deuxième argument chic et choc, De Wever serait raciste parce qu’il compare « les Berbères » et « les Asiatiques », les premiers étant selon lui en moyenne plus pleurnichards sur le racisme que les seconds. Et pour Marcelinou, c’est raciste parce que « [c]e faisant, il a classifié des gens en groupes hiérarchisés en leur attribuant une qualité inférieure ou supérieure ». Ok, donc, comparer et faire un classement, c’est raciste. Quand on apprend que la Wallonie est moins bio-diversifiée que l’Allemagne, c’est donc du racisme anti-wallon. Et que dire quand on compare les niveaux de vie, les tailles de pénis, la bouffe chinoise ou italienne ? Diantre, Nous Sommes Tous Racistes !

La double pensée, c'est magique.  Et si le racisme, c'était un peu plus compliqué que ça, hein Marcel ?
La double pensée, c’est magique.
Et si le racisme, c’était un peu plus compliqué que ça, hein Marcel ?

Mais attention, Marcel Sel n’est pas le seul. On peut même lire que De Wever est « pire » que Dewinter. Ce dernier étant un authentique nazillon, on reste pantois devant la force de l’argument. De Wever a peut-être dans ses plans secrets la réouverture du camp de Breendonk ? Sel, je l’ai pris en exemple parce qu’il est certainement le blogueur le plus lu chez les francophones du pas-si-plat-que-ça pays, et puis parce qu’il a écrit trois livres sur la droite nationaliste flamande, dont un sur De Wever (avec des diatribes sur le libéralisme et des amalgames entre la droite et l’extrême droite assez comiques, mais toutefois assez classiques chez les intellectuels de gôche). Pas un seul de ces journalistes ou politiciens, pas un seul de ces « citoyens engagés » (c’est comme ça qu’on appelle communément un militant qui refuse de l’avouer) n’a eu le courage de dire une chose qui me parait pourtant simple : oui c’est vrai, mais pourtant, De Wever à tort.

Avoir raison tout en ayant tort ? Oui.

De Wever est un con avec très probablement un penchant raciste. D’ailleurs, comme beaucoup de racistes, il a un ami noir. L’argumentation légère de Marcel Sel ne le rend pas moins raciste, son parcours (nationaliste, notamment dans sa jeunesse) et certaines de ses fréquentations parlent pour lui. La phrase de De Wever est à moitié juste parce que, de fait, cette population concentre un certain nombre de problèmes, mais elle est conne parce qu’elle n’explique rien. Et l’article de Sel, tout mielleux d’idées bien propres sur elles, décortiquant le moindre mot de Bart n’est pas beaucoup plus intelligent parce qu’il ne pose aucune bonne question et apporte encore moins de réponses. De Wever est issu de l’extrême droite ? Ça alors, merci Marcel.

Pourquoi est-ce que c’est dans cette population que se concentrent ces problèmes ? La pauvreté ? Le décrochage scolaire ? La délinquance ? Les parents à la ramasse ? Les quartiers défavorisés ? Pas un seul blogueur ou journaliste pour faire remarquer que la politique d’immigration (et d’intégration) de la Belgique depuis 50 ans est une vaste collection d’échecs ? Personne pour dire que les premiers responsables de cet état de fait sont les idiots surpayés qui enchaînent lois sur lois rue … de la Loi ? Comment a-t-on pu s’imaginer que faire venir un grand nombre de personnes d’une culture différente de son pays d’accueil allait se passer sans problème, et qu’il ne fallait rien faire pour les aider ? Si en Belgique, on ne les a pas -ou très peu- parqués dans des infâmes cités comme en France, comment a-t-on pu laisser naître des quartiers et des villes entières sous forme de quasi ghetto ? Comment a-t-on pu s’imaginer que ces gens allaient venir vivre 30 ans ici, faire carrière, s’acheter un bien immobilier, faire des enfants et puis rentrer chez eux ? Quels sont les politiciens qui ont été assez débiles pour faire venir x-milliers de personnes, la plupart jamais scolarisés et issus des campagnes, depuis le Maghreb ou la Turquie et les lâcher dans la nature, comme ça ? Sans encadrement ? Sans cours de français ou de néerlandais ? Sans explication de notre système ? Sans accompagnement scolaire ? Qui a pu croire sottement que la Secu suffirait à l’intégration ? Bel échec de la social-démocratie. Encore un.

Personne pour se demander si la version contemporaine de cette (non) politique, à savoir les centres fermés, c’est à dire la pratique de mettre en prison des familles n’ayant commis aucun crime est une réponse adéquate qui ne nous apportera aucun soucis dans 20 ans ?

Comment s’étonner aujourd’hui que les parents soient paumés et que ces jeunes se sentent abandonnés, considérés comme des étrangers chez eux ou chez leurs (grands) parents ?

Personne pour se demander pourquoi chez certains d’entre eux l’intégration est un échec en pointant du doigt les vrais responsables  ?

Un ami, qui se reconnaîtra à la lecture, me disait autour d’un cocktail d’été place Saint-Gery que « ce ne sont pas des Arabes qui sont en prison, mais des pauvres ». C’est effectivement très juste : c’est bien plus une forme de misère sociale et de politique à la noix qu’on retrouve en prison, plutôt qu’une quelconque couleur de peau.

Heureusement que pour bon nombre d’immigrés marocains ou autres, et j’en suis témoin, c’est une réussite, au prix de sacrifices souvent lourds et de parents plus débrouillards que la moyenne…

Non, décidément, j’ai beau parcourir la presse depuis 15 jours, personne pour se poser ces questions. Encore moins pour essayer d’apporter une solution. On a préféré la calomnie à la calomnie, l’invective à l’invective, l’insulte à l’insulte, tous se drapant du Bien, du Beau, du Propre. C’est que nous, Monsieur, nous ne sommes pas racistes ! Non, mais donneurs de leçons, ça se pose là !

Les mêmes se demanderont aux prochaines élections pourquoi « le peuple » semble apprécier de plus en plus les gens comme notre De Wever ou comme la Marine chez nos voisins. Peut-être parce que ce même « peuple » en à ras le cul de prendre des leçons de morale ?

C’est juste une idée comme ça.

Faut-il craindre Bart De Wever ? On aura compris, je l’espère, que je me moquais de l’argumentation type reductio ad hitlerum que déploye Sel dans son article, qui signifie tout et rien et dans laquelle il prend des bouts de définitions bancales qu’il ajuste pour y faire rentrer ses idées, …  Le racisme, c’est beaucoup plus compliqué que ça (relire Levi-Strauss dans « race et histoire » pour commencer). Comme Sel, je ne porte pas De Wever dans mon cœur. Mais je pense qu’il faut d’abord commencer par craindre les idiot-utiles qui lui donnent du grain à moudre. Ces « gens là » (qui ont bien changés depuis Brel) sont bien capables de nous ressortir le cordon sanitaire dont l’histoire à prouver sa totale inutilité.

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