Taxi c’est fini !

Si Hervé Vilard voulait écrire un tube aujourd’hui, il pourrait essayer un « Taxi c’est fini ! ». Oui, les taxis, c’est terminé pour moi et je vous invite à en faire autant. Chers, dépassés, désagréables, menteurs, ils font en plus appel au bras armé de l’État pour conserver leurs privilèges.

Je m’explique.

Quand je suis arrivé à Bruxelles à 19 ans, je pense que je n’avais jamais pris un taxi de ma vie. Le seul taxi que je connaissais, c’était celui de mes parents qui allaient me rechercher 25 km au fin fond de la campagne après une soirée trop arrosée entre amis. Tous ceux ayant grandi hors des (grandes) villes savent de quoi je parle. Le taxi, c’était ce type que l’on voyait toujours en train de s’emmerder dans sa Mercedes devant la gare et que seuls les vieux utilisaient pour rentrer chez eux. Nous, on prenait le bus et puis une fois le bon âge atteint, la mob (le Graal absolu, le début de la liberté).

Et puis, étudiant, j’ai découvert les taxis que mes petits boulots du samedi me permettaient de prendre. Et j’ai adoré ! Je suis vite devenu un client habituel sans être un acharné (c’est-à-dire : quand j’avais la flemme de rentrer à pied au petit matin). Par contre, je trouvais cela assez cher. Du centre-ville (Bourse) à la place Flagey, il fallait compter 10€, j’étais conscient de m’offrir un petit luxe.

Il y a quelques années, moins de 10 ans, avant l’arrivée des smartphones (du moins massivement), on a vu surgir les premiers « taxis clandestins ». Des propriétaires de voitures se garaient à des endroits stratégiques et vous ramenaient chez vous pour une somme convenue à l’avance. Pour les retrouver, un indice : un chapeau sur le toit. Je me souviens très bien que déjà les taxis en parlaient énormément. Le début de la résistance au monopole onéreux des taxis. Mais à l’époque, c’était vraiment très peu connu et le plus simple restait encore d’avoir quelques bons numéros de téléphone dans son répertoire. Bon nombre de ceux-ci étaient d’ailleurs des taxis qui faisaient du noir (j’entends encore un chauffeur me dire « je comprends que 10€ pour un étudiant c’est beaucoup, prenez mon numéro, la prochaine fois, je ne déclenche pas le compteur, ça vous fera 4€ de moins » -l’équivalent de la prise en charge forfaitaire durant la nuit).

Il y a maintenant près d’un an, après avoir eu un succès colossal notamment aux USA, on a vu apparaître Uber, Djump et d’autres service de « chauffeurs privés ». Pour diverses raisons, Uber à vite eu ma préférence (application plus simple et plus complète, plus de chauffeurs). Les prix étaient près de 50% moins chers parfois qu’un taxi « normal ». Et depuis, c’est le drame, la guerre est ouverte entre l’ancien monde (les taxis) et le nouveau (Uber et autres services du type collaboratif).

Précisons encore une fois le principe pour ceux qui ne savent pas comment fonctionne Uber (et pourquoi ça écrase sur toute la ligne un taxi lambda).

Uber permet à l’usager de commander un chauffeur privé via une application qui vous géolocalise. Mais vous pouvez très bien donner une autre adresse (pour envoyer la voiture chercher quelqu’un). Vous entrez ensuite la destination et l’application vous donne une fourchette de prix (type « 6-8€ »). Une fois le voyage commandé, un logo de voiture apparaît sur la carte et vous pouvez ainsi en temps réel savoir quand votre chauffeur arrivera. Vous avez également sa photo et sa « cote » de satisfaction. Vous pouvez l’appeler sur son téléphone ou lui envoyer un SMS pour préciser ce que vous souhaitez (du type « je suis en haut de la rue », « j’ai un colis volumineux », « au fond du parking Ikea », …). Comme vous donnez votre numéro de carte de crédit à l’inscription, il n’y a pas d’échange d’argent : la course se déclenche quand la voiture redémarre une fois que vous êtes monté dedans et le chauffeur coupe celle-ci une fois que vous êtes descendu (ce que vous pouvez vérifier depuis votre téléphone).

Pas de problème de monnaie donc (« faites un crochet par un distributeur s’il vous plait » -bim, 5€ de plus à payer), et surtout  -c’est important- pas de fraude possible pour le chauffeur puisque l’argent est géré à distance, Uber le rétribue plus tard. Comme l’application envoie le chauffeur vers vous, celui-ci n’a aucun intérêt à prendre de l’argent liquide dans sa poche… Tout l’inverse de vous-voyez-de-qui-je-parle.

Ensuite, je n’ai jamais rencontré de chauffeur Uber imbuvables alors que les taximen que t’as envie d’incendier en sortant de la voiture sont légions. C’est un argument évidemment facile (les cons et les psychopathes existent partout), mais je suis loin d’être le seul à penser exactement la même chose. En outre, un chauffeur Uber ne refusera pas une course minuscule à 4€. Essayez un « vrai » taxi pour voir… Les chauffeurs Uber proposent régulièrement à boire et à manger, demandent si la musique convient, … Jamais un taxi ne m’a posé cette question. Je suis tout à fait capable de supporter la pire musique au monde durant les 10 minutes de trajet, mais je trouve néanmoins l’initiative sympa.

Pour terminer, Uber offre des bons de réductions de manière régulière, notamment lors de la première course et généralement d’une hauteur de 15€, ce qui permet largement de circuler une ou deux fois à Bruxelles sans rien payer.

Bref, Uber, c’est mieux en tout point.

Arrive l’argument massue : « oui mon bon monsieur, mais c’est de la fraude ». Bel argument étatique usé jusqu’à la corde, la fraude ne dépend jamais que d’une norme arbitrairement fixée par nos élus. Le fait que des gens aient trouvé un moyen de s’organiser et gagner leur vie sans en demander plus, et surtout sans leur demander leur avis, semble être un crime de lèse-majesté dans nos contrées.

Ce qui est comique, c’est que n’importe quel Bruxellois ayant pris une navette pour l’aéroport de Charleroi depuis la gare du midi sait parfaitement qu’il n’est pas rare de se faire aborder par des taxis proposant la course pour 1€ de moins, et plus rapidement. En noir évidement ! Si le compteur était déclenché, ça vous coûterait 100€. Sans oublier le coup des courses arrangées à l’avance avec les numéros de téléphone dont j’ai déjà parlé. Sans oublier non plus les chauffeurs qui vous proposent « un forfait » quand vous demandez le prix pour telle course (« Montez, je vous la fais pour 20€ »). De nouveau, c’est du noir. Donc les chevaliers blancs du taxi me font vraiment beaucoup rigoler. Ça fait 50 ans qu’ils arnaquent leur monde. Et tout le monde sait ça.

Mais comble du comble, alors qu’ils faisaient des pieds et des mains pour faire entendre leur cause, voilà-ti-pas que l’État leur tombe dessus, de manière très officielle, pour fraude fiscale généralisée. Il n’y a qu’une seule catégorie de personnes qui osent se foutre encore plus ouvertement de la gueule du monde, ce sont les politiciens. Lisez plutôt :

D’après l’élu socialiste flamand, l’ensemble des taxis de la capitale a déclaré un chiffre d’affaires de 19,6 millions d’euros en 2013, soit « des recettes irréalistes » de 25 euros par taxi par jour. « Je suppose donc qu’il existe une certaine marge par rapport aux forfaits appliqués » , ironise le député, qui parle de fraudes importantes et appelle à une profonde réforme du secteur.

Les allégations que je faisais précédemment sur toutes les techniques de fraudes des taxis sont impossibles à prouver, sauf quand on apprend que les taxis déclarent en moyenne 25€ par jour. A peine de quoi payer l’essence des véhicules. Et sûrement pas de quoi payer leur leasing. De qui se moque-t-on, je vous le demande. N’oublions pas non plus la revente sur le marché noir des licences, qui sont reçues de la part des communes contre une centaine d’euro et revendues en fin de carrière plusieurs dizaines (voir centaines) de milliers d’euro. Dans la plus grande illégalité. La raison est évidemment simple : il y a plus de candidats chauffeurs que de licences disponibles. L’État, dans sa connerie corporatiste habituelle, en mettant en place un système de licence, a organisé la rareté ce qui a automatiquement créé un marché parallèle. Non, vraiment, nos taxis ne sont pas des clandestins, ce sont juste des arnaqueurs, des menteurs, des bandits. C’est une mafia au sens quasiment littéral du terme.

epic fail
C’est juste un tacard’ qui fait 50% de noir

Ensuite, je rappelle quand même que la société Uber est contrôlée et paye ses impôts  sur les bénéfices comme n’importe quelle autre société, le problème pour nos corporatistes et nos socialistes de tout poil, c’est que les chauffeurs empochent l’argent net, directement dans leur poche, sans passer par la case « fisc ».

J’ai joué à un petit jeu ces derniers temps, je voulais savoir si c’était une occupation à temps plein ou un complément à un « vrai » travail. J’ai demandé à mes chauffeurs et je n’ai eu jusqu’à présent qu’un seul petit jeune d’environ 20 ans qui ne faisait que ça. Tous les autres « allumaient Uber » le lundi matin ou les WE pour arrondir leurs fins de mois et payer leurs pleins d’essence.

De quel crime parle-t-on ici ? Des gens de petite classe moyenne qui tentent de gagner 2-300€ de plus par mois en emmerdant personne et surtout, en rendant un service particulièrement efficace aux citoyens qui font appel à eux. La mafia des taxis (qui organise des petits casses dignes du crime organisé), s’emploie maintenant à faire cesser toute activité à Uber.

Ma conclusion s’adresse aux chauffeurs de taxi et à leurs patrons, ainsi qu’aux politiciens qui, à l’image de la France, voudraient interdire totalement Uber et ses concurrents sous le prétexte fallacieux de « concurrence déloyale » (il n’y a AUCUNE concurrence déloyale quand il s’agit d’un monopole étatique).

Écoutez moi bien et lisez ceci attentivement :

Vous êtes des dinosaures et votre business model est mort à moins que vous ne mettiez en place un système similaire à Uber. Vous ne le savez probablement pas encore, mais vous êtes tels les palefreniers de 1900 : votre date de péremption est quasiment connue. Même si les États dans leur grande magnanimité envers vous (moins envers nos portefeuilles, ce sont toujours les mêmes qui payent) interdisent un tel système, il ne faudra pas longtemps avant que des applications pirates n’apparaissent, mettant en relation des gens prêt à payer un peu pour un trajet et des chauffeurs prêt à faire la course. Cela vous sauvera probablement la mise pour quelques années, mais pas plus. Cette économie collaborative est le futur.

Adaptez-vous, ou mourrez. Et vous êtes prié de le faire en silence !

Le taxi, c’est fini. Et dire que c’était mon premier amour. Je ne crois pas que j’y retournerai un jour.

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10 réflexions sur “Taxi c’est fini !

  1. Monsieur ou Madame « prisedechoux »,
    Assurément avec vous l’humour est dans le pré.
    D’ailleurs, l’excès de votre déglutition de ces délicieux légumes vous font péter d’un humour nauséabonde aux étranges odeurs d’un minable profiteur du système.
    Bien sûr, vous vous êtes donné tant de mal à répéter des banalités : le taxi tricheur, trop cher et….ceci écrit sur votre cabinet, sans doute!
    Mon pauvre ami, l’éparpillement de vos flatulences a intoxiqué votre esprit.
    Constatez que votre citoyenneté ne va pas jusqu’à comprendre qu’il ne s’agit pas d’Uber contre les taxis mais d’une vision néo-libéraliste qui va accroître votre précarité en faisant de vous, un salarié « jetable ».
    Aimeriez vous être jeté au nom d’une duperie que vous cautionnez actuellement par votre médiocre analyse?
    Soyez moins limité dans vos réflexions et pensez plutôt à sauver notre structure sociale d’une faillite annoncée.
    M.

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    1. Je suis vraiment heureux que vous ayez pris le temps de lire mes flatulences jusqu’au bout.

      Je vous invite maintenant à ouvrir un petit Robert pour commencer à comprendre (oui oui oui, je pars du début) le libéralisme.

      Leçon numéro 1 gratos : « libéraliste » n’existe pas. Donc je n’ai aucune idée de ce que vous pouvez foutre derrière ce non-concept.

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    2. les taxis sont (étaient) un monopole qui a profité a un certain nombre de « gesssionères » de tarifs éhontés, et sur le terrain avec un service limite goujat, des absences aux stations, une propreté d’habitacle douteuse, une conversation abscons dotée d’un vocabulaire allant même jusqu’à être ordurier, des trajets fantaisistes parfois « allongés » à l’excès, la secte des taxi a eu son heure de gloire et maintenant comme pour les dinosaures c’est fini !

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  2. Bien tenté, mais beaucoup trop d’approximations tout de même :
    – Savez-vous que Uber n’a pas inventé grand chose en termes de technologie ? La géolocalisation, les applications (ex. eCab), le paiement in-app… ça existe aussi chez les taxis !
    – Savez-vous que Uber ne paie pas 1 euro d’impot en belgique ? comme GAFA (google, amazon, facebook, apple) ils ont tout optimisé! c’est une BV hollandaise…
    – Les chauffeurs occasionnels « n’emmerdent personne » ? Savez-vous que les taxis ont besoin d’activité en heure de pointe, pour combler les heures creuses sinon ils ne peuvent pas survivre ? Donc même en sortant quelques heures par semaine, ils font très mal à des gens dont c’était le gagne-pain…
    – Uber c’est moins cher ? allez dire cela à ceux qui ont pris un Uber le soir du réveillon, vous verrez leur réaction…
    – Savez-vous pourquoi les tarifs des taxis étaient régulés ? pour éviter que le client négocie sur la voie publique (on imagine le bazar !), et qu’il se fasse voler s’il monte dans un taxi sans négocier…
    – Uber offre des bons de réduction de manière régulière ? bien sûr, ils ont 5 milliards de cash à dépenser pour cela (acquisition de clients). Mais toutes les bonnes choses auront une fin : quand il ne restera qu’Uber, les bons se feront plus rares…
    – l’économie collaborative, c’est pas Uber, c’est BlablaCar : le chauffeur fixe le prix lui-même et décide de la destination !
    Bref, Uber a de bons côtés et force le taxi a se moderniser, c’est sûr ! et c’est très bien ! En revanche, un peu de discernement ne nuit pas, tout n’est pas parfait non plus côté Uber… Vous verrez quand les taxis seront vraiment « finis », il ne restera plus que ce géant mondial qui fixera librement les prix, qui vendra vos datas (vous êtes vous demandés pourquoi Uber a levé autant de fonds aussi vite ?…)… et nous regretterons peut-être nos bons vieux taxis !

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    1. -Uber ne l’a pas inventé : je ne pense pas avoir dit le contraire, j’ai dit que eux utilisent cette technologie, PAS les taxis bruxellois (et relisez la conclusion et le passage sur le « système similaire »).
      -Vous êtes sur un site libéral, qu’ils ne payent pas d’impôt, je m’en contrefous totalement vous savez (ce n’est pas si vrai, mais je vais au plus simple). Du reste, si c’est de l’optimisation fiscale, ce n’est pas encore un délit, même le gouvernement le fait. Ils engagent même des comptables spécialisés pour ça (c’est vous dire, même eux ne savent pas gérer le bordel qu’ils ont créé).
      Ensuite, prouvez-le. Il y a eu une enquête chez eux (j’ai mis le lien dans l’article), je n’ai rien lu qui tendait à montrer qu’ils avaient fraudé.
      -Pauvres taxis, vraiment. Pauvres palefreniers.
      -Uber s’adapte en fonction de l’offre et de la demande, les prix varient. Dans ce cas de figure, AVANT de commander, l’application prévient que le prix sera x-fois supérieur (x1,5, x5, …). Si vous cliquez sur « accepter », faut pas venir chouiner. Ensuite, vous ne prouvez rien. C’est plus cher un jour par an, oh, la belle prise….C’est probablement le cas à d’autres moment, mais doublez le nombre d’Uber et le problème diminue d’autant.
      -comme je l’ai déjà dit, le jour où Uber n’est plus avantageux, on ne les utilisera plus. Sans pleurer sur le sort de la boite.
      -s’il n’y a pas de lois pour l’obliger, les monopoles sont difficiles à faire tenir, surtout dans un secteur comme le taxi, ou il existe déjà une concurrence (Djump et probablement d’autres)

      Pour le reste, on verra. Uber à levé des fonds rapidement probablement parce que a) beaucoup y ont vu un moyen intelligent de contourner les taxis qui enquiquinent tout le monde ici ou ailleurs (EU, USA, Inde, …) et b) parce que les investisseurs savent flairer un bon coup. Et ils ont l’air d’avoir eu raison. Sans rentrer dans des théories complotistes digne de France 2.

      Enfin, ce blog n’a pas pour but d’être dans l’analyse finaude à chaque ligne (j’ai autre chose à foutre, si vous savez), ni d’être visionnaire. C’est un/mon exutoire face à la connerie ambiante. Je ne demande pas d’y adhérer. Dieu seul connait l’avenir (et encore).

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  3. Bonsoir !
    Au temps pour moi, je n’avais pas compris l’ambition de votre blog (pas dans « l’analyse finaude », voici donc le premier point de convergence entre nous ! houra !)
    Message reçu, je ne vous importunerai donc plus…
    Bon libéralisme, avec tout cela le monde va être meilleur, je le sens !

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