Patrons et syndicalistes sont d’accord : les Belges sont trop peu taxés.

Quoi que fassent ou disent les différents partis politiques au gouvernement fédéral actuel, la réforme fiscale n’aura pas lieu. Ou du moins, pas dans le bon sens. Pour tout libéral qui se respecte, c’est une certitude absolue. Il y aura probablement quelques trucs qui changeront, mais rien de révolutionnaire qui pourrait réellement modifier la donne à moyen terme.

Si vous pensiez que les partis politiques étaient les seuls à en vouloir à votre porte-monnaie et votre bonheur de Citoyen, vous vous foutiez un gros doigt dans l’œil.

Prenez par exemple cet entretien à la lecture duquel tout habitant du pays devrait être consterné par les conneries débitées à la ligne. Thierry Bodson (syndicaliste multi-mandataire, accessoirement secrétaire général de la  FGTB) et Jean-François Héris (patron manager et président quand il n’est pas en voyage de l’UWE) sont finalement d’accord sur un truc : il faut taxer un peu plus les Belges. On croit rêver. La réformette fiscale risque donc d’être inutile, mais en plus, elle risque de consister à prendre un peu plus d’argent dans votre poche. C’est pratique, les partis politiques sont tous d’accord aussi.

D’abord, nos deux compères avancent masqués : tout deux s’accordent à dire qu’il faut baisser le coût du travail. Un grand classique. Si on y réfléchit un peu trop vite, on pourrait penser que « baisser les coûts » = « payer moins ». Erreur grave. Il s’agit de faire payer plus les autres, donc au final, tout le monde (sauf les syndicats).

On ne s’étonne pas que notre CEO de service soit d’accord. Moins de pognon à claquer pour lui, c’est toujours bon à prendre. Rappelons simplement que si on prend en compte le salaire complet, tout ce que paye l’entreprise pour son employé (salaire brut ou cotisations diverses) fait bien partie de la rémunération de ce dernier. Diminuer « les charges patronales » revient dont à diminuer le salaire de l’employé au bénéfice uniquement des patrons. Pourquoi ? Parce que le système socialiste mis en place ces 60 dernières années à cruellement besoin de votre argent pour fonctionner, croyez bien que si on ne prend plus l’argent via les cotisations patronales, on ira vous le voler ailleurs via une autre taxe (TVA, impôts locaux ou autre). Diminuer les charges patronales sans changer le système de cotisation n’est donc pas une politique libérale : c’est une politique pro-business et mercantiliste.

Jean-François Héris, le libéralisme, il n’en veut pas. Faut comprendre le monsieur, il bosse dans le verre et il le dit lui-même : c’est chaud, les marges sont faibles. A part quelques trucs plus ou moins techniques, n’importe quel pays en développement peut faire la même chose, et pour moins cher. Pourtant, on ne l’a pas entendu réclamer une baisse des impôts sur les sociétés, alors que ceci augmenterait également ses marges et de manière plus efficace. Mais voilà, une baisse de l’IS, c’est un aussi un bon moyen de faire venir de nouveaux concurrents internationaux, plus attirés par un impôt sur les sociétés faible qu’un micmac de cotisations auxquelles ils ne comprennent rien. Et là, ça coince. Notre ami J-F n’aimerait pas trop qu’on viennent lui sucrer son marché déjà branlant. Résultat, il demande à payer moins cher ses salariés sans pour autant donner le feu vert à la concurrence. C’est un malin J-F. Il a d’ailleurs tout prévu, puisqu’il ne se cache pas de réclamer plus de taxes sur le pétrole ou les loyers. La boucle est bouclée : notre CEO s’assure que l’État via son système fiscal le favorise en le faisant moins payer pendant que vous, vous comblez le vide budgétaire fédéral par de nouveaux impôts. Le système social ne change pas, mais il vous coute subitement plus cher. Vraiment, j’en suis baba. Le mercantilisme, c’est plus fort que toi.

Là, j’entends déjà les douces voix des futurs tondus me dire « oui, mais au moins on garde nos emplois ». C’est d’abord supposer que les concurrents ne viendraient pas en Belgique créer des emplois, ce qui reste à démontrer. C’est ensuite totalement oublier que payer un service identique moins cher, c’est faire des économies à titre individuel et donc participer à la vitalité économique du pays. Ce qu’on voit, ce sont les quelques emplois sauvegardés dans cette industrie vieillissante, ce qu’on ne voit pas, ce sont les emplois jamais créés ailleurs parce que l’argent nécessaire était retenu dans des subsides à un truc vieillissant (pensons à tout l’argent investi en Wallonie dans la sidérurgie ces 25 dernières années : combien d’emplois nouveaux perdus dans tous ces milliards ?). Enfin, c’est empêcher la destruction créative de Schumpeter faire son travail. Toutes les lois avec pour but de ralentir ce processus ne feront que … le ralentir,. Il s’en suivra automatiquement un retour à la norme plus violent (et plus cher pour ceux qui raquent le temps du retour).

N’oublions pas notre fidèle camarade syndicaliste et socialiste, les syndicats patronaux mercantilistes n’étant bien entendu pas les seuls à tenter de tirer la couverture à eux dans ce jeu de bonneteau (où le pigeon est toujours le même : vous). Il commence avec une phrase qui envoie du steak :

[P]lutôt que la fiscalité par tiroirs actuelle, une globalisation des revenus, de sorte qu’un rentier et un travailleur qui ont les mêmes revenus paient les mêmes impôts

Là, le libéral naïf pourrait penser qu’on va drastiquement diminuer les impôts des travailleurs. Que nenni. Un syndicaliste ne pense jamais « baisse d’impôt ». Ce que Thierry Bodson veut dire, c’est qu’il faut taxer les rentiers à hauteur des travailleurs. Évidemment, on a le droit de rire. On imagine tout de suite les rentiers accepter de paumer 50%, ou plus, de leurs revenus sans réagir. Ils pourraient, et je dis ça au hasard, se casser ailleurs. Le plus comique, ça va être de définir « rentier ». On pense savoir ce que c’est : un rentier, c’est grosso modo un type dont les fruits de ses placements divers lui permettent de vivre sans travailler (un libéral objecterait que faire fructifier un capital, c’est du travail, mais c’est une idée totalement imperméable à la mentalité socialiste classique). Un rentier, j’en connais un personnellement. C’est l’histoire d’un type qui, avec 6 ou 7 appartements dans Bruxelles à l’âge de 40 ans, n’a plus besoin de travailler, ses loyers lui suffisent pour vivre. Il n’est pas le seul, d’autres (aux USA ou en Belgique) y sont arrivés. Alors, autant le dire tout de suite, le capital de ces personnes est issu d’un revenu déjà taxé, celui de leur ancien travail. Taxer deux fois le même revenu risque de soulever quelques mécontentements et probablement faire rigoler quelques avocats spécialistes en droit constitutionnel ou fiscal. Oui, messieurs avides d’argent des autres, on ne taxe pas deux fois le même revenu. On peut éventuellement envisager de taxer les loyers perçus, mais tout le monde sait (sauf peut-être les socialistes) que si on taxe les vaches, ce ne sont pas les vaches qui payent, mais bien le consommateur final. Taxer les loyers ? Devinez un peu qui payera en bout de course ? Le locataire.

L’autre catégorie de rentier, c’est au choix de le fils à papa qui a hérité d’un pactole sans lever le petit doigt ou l’actionnaire ayant mis ses billes au bon endroit. Ce n’est pas tellement éloigné du multi-propriétaire (le capital de départ sort bien de quelque part), mais lui, il est vraiment méchant. Autant on peut tous espérer honnêtement avoir deux appartements, autant être millionnaires en actions, ça non. Pour le socialiste lambda, celui-là il faut donc le taxer à mort, surtout l’argent gagné grâce aux actions. Oui mais bon, voilà, c’est déjà le cas. Et comme l’écrit très bien Afschrift :

Le fait que l’opération a lieu à court terme n’est pas toujours révélateur d’un acte spéculatif. Ainsi, un épargnant qui achète à 100 une action et qui remarque deux mois plus tard que, dépassant ses espérances, le cours de celle-ci est à 130, agit sans doute en bon père de famille, et non en spéculateur, lorsqu’il prend son bénéfice en vendant l’action à ce dernier cours. Lorsqu’il faudra définir la spéculation, on risque de se rendre compte que, souvent, spéculer, c’est simplement réfléchir.

Zut. Avoir de l’argent dans une SICAV comme tant d’épargnants belges, pays où les « compléments pensions » ont du succès, c’est être un dans le collimateur de Bodson. Donc probablement la plupart des inscrits à la FGTB…

Mais le pire et le plus hypocrite, c’est que les syndicats sont assis sur des millions d’€uros (on parle de 337 millions d’€ pour le syndicat chrétien). En France, ils possèdent des châteaux et placent leur cagnotte en bourse (la finance, c’est mal … pour les autres). En Belgique, on ne sait pas s’ils possèdent des demeures pareilles ni ce qu’ils font avec et pour cause : les syndicats belges n’existent pas en regard du droit, ils n’ont pas de personnalité juridique. Les syndicats possèdent une caisse noire à hauteur de millions d’€ qui échappent à tout contrôle externe. Nos pauvres syndicalistes se défendent en justifiant que cela leur permet de ne pas être attaqué pour cause (fallacieuse, évidement) de grève sauvage. Mais cela vaut dire aussi que, si votre syndicat vous fait un enfant dans le dos, et bien…pas de recours devant la justice. Ça signifie aussi plus pratiquement que les syndicats échappent à toute fiscalité. C’est pratique. Taxer les autres, c’est bien, c’est gentil, c’est socialiste. Mais pas nous. La réforme fiscale, c’est pour les autres.

Ce qui est formidable dans cette interview, si on comprend le sous-texte, c’est que syndicats patronaux ou salariés sont d’accord sur un point important : il ne faut surtout pas changer la matrice du système, il faut l’adapter aux marges. Bien sûr, un syndicat socialiste ne veut pas adapter la même chose qu’un syndicat mercantiliste. Mais le fait est qu’aucun ne proposera de changer le système. Et quoi qu’il advienne de leur lutte, préparez-vous à raquer encore un peu plus.

BodsonHéris

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